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En fait, rien ici n'évoque vraiment la mort. Rien de la solitude infinie, des derniers instants de l'homme où, malgré la vie qui bat toujours, il ne peut plus atteindre personne, face à l'innocence de ces vivants qui contemplent en s'en doutant à peine une créature déjà différente, au-delà du dépit, détachée, ne souhaitant plus. Ici, au seuil de sa tombe, c'est peut-être l'absence qui est célébrée, la fin de ces moments, et on confond l'odeur du sol, auquel toutes les agonies retourneront, avec un air de paix. De ce qu'il possède toujours, l'endeuillé ne trouvera que deux noms: celui de l'homme dans celui de Dieu, enveloppés dans un mystère aimé. Dans cent ans, l'étranger n'y verra que la Croix, que l'air humide aura su orner de taches de rouille telles qu'elles sauront tromper le soleil et lui retourner ses rayons sous la couleur de l'or. -AD-
Le fer forgé, la pluie forte, lourde, incessante. Un ciel gris pour un après-midi d'été, presque noir, la nuit tombera vite en apportant avec elle ses doses de chagrins, de solitude... On s'imagine facilement entouré de l'odeur un peu crayeuse du béton mouillé, frissonnant malgré la chaleur. Le caoutchouc des pneus qui tentent d'éloigner l'eau en passant sur l'asphalte qui reluit et qui reflète les phares qui vont se perdre au loin. C'est le bayou, c'est la Louisiane.
Clic pour une image plus grosse pour mettre en fond d'écran Les carcasses qui y sont abandonnées, loin des portes et de la faible lumière pénétrant dans le garage ne revoient plus jamais le jour, les rues, les gens. Après des années à user les pneus sur les routes défoncées, ces bus se retrouvent au fond du garage, à l'abandon, les rats seuls les habitant, se frayant un chemin jusque dans les vieux sièges en cuirette défoncés. Le garage n'a pas de fin, personne ne se rend jamais au fond qui n'existe pas. L'entrée n'est elle pas assez lugubre pour enlever l'envie d'y aller voir? Reste-il encore des ampoules vivantes la où les yeux ne portent plus?
Même la nuit, la ville garde sa chaleur, son ambiance, ses passants, sa vie. Cependant, quand le brouillard la recouvre, la désolation s'installe, la crainte et la méfiance deviennent le lot de chacun. Les parents rappellent les enfants, chacun se met à l'abri, chez soi, pour éviter de croiser la tourmente, d'avoir froid, perdu, dans une rue dont on ne voit plus la fin. On entend au loin des grincements inquiétants, comme à l'époque pas si lointaine ou l'humidité faisait craquer les grands mats de bois des bateaux… Cette époque est-elle bien révolue? Est-ce que les grands cargos du port ne sont pas en réalité qu'une fumisterie? Les odeurs amplifiées par l'humidité nous transportent, nous font douter de tout ce qui est sur à la lumière du jour, le brouillard est fantomatique, il cache, enduit, fait peur.