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C'est le petit matin qui se lève sur le port qui n'a pas dormi. Le cargo perce la brume, les sirènes résonnent longtemps et font lever des nuées de mouettes. Il fait froid, le brouillard ne sera pas percé par le soleil qui ne réchauffe plus les eaux viciées du port. Quand la sirène meurt, on n'entend plus que le moteur du bateau qui bat comme un coeur au ralenti et les grues au loin qui attendent de reprendre vie.
La vieille coque a cassé. Les marins se jettent dans l'eau, recouverte de la nappe d'huile que le pétrolier laisse aller. Le gros cargo s'enfonce, les vibrations du puissant diésel, qui résonnaient comme un coeur dans toutes les parois du navire, continueront à battre dans l'eau, pour montrer un dernier signe de résistance avant que le fier transporteur, brisé par la tempête, ne soit plus qu'une épave, peuplé par les poissons, reposant sur le fond de la mer.